Hyper House • Hyper Studio : entre art, design et recherche.

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Au cœur d’un Madrid en pleine effervescence culturelle, où artistes et designers cherchent de nouveaux formats pour penser le numérique, émergent des espaces hybrides qui brouillent les frontières entre art, design, recherche et technologie. Hyper House1 1. HYPER HOUSE. « HYPER HOUSE – Espacio de arte y tecnología ». Consulté en mars-avril 2026. https://hyperstudio.es/es. , Hyper Studio2, design, art, recherche, graphisme, numérique, phygital, développement, exposition, expérimentation, technologie, sensible. Une suite de mots qui ne se laisse pas immédiatement définir, mais qui questionne précisément la nature de ces pratiques hybrides. Fondé par Diego Iglesias et Cristóbal Baños, Hyper Studio occupe un espace singulier à l’intérieur d'Hyper House, un lieu d’exposition devenu écosystème dans leur pratique. Leur démarche sensible repose sur une rencontre entre différentes disciplines, qui cohabitent et s’enrichissent mutuellement.

ÉCOSYSTÈME HYBRIDE : ENTRE ESPACE D’EXPOSITION ET LABORATOIRE.

Il est essentiel de définir ces espaces, d’en préciser les spécificités ainsi que de comprendre comment ces lieux cohabitent tout en jouant un rôle important dans la création artistique et le design graphique. Hyper House est un espace d’exposition qui accueille mais aussi produit des œuvres avec des artistes contemporains se questionnant particulièrement sur l’intersection entre le monde physique et digital, en donnant un espace à une série de pratiques artistiques contemporaines et expérimentales. La notion de “phygital” est centrale dans leur réflexion et dans leur production, qu’elle soit artistique ou liée au design. Le phygital désigne la fusion du “physique” et du “digital” pour créer des expériences immersives où des objets tangibles interagissent directement avec des dispositifs et des technologies numériques. Ce lieu est envisagé comme un point clé de rencontre pour les artistes et les designers, favorisant l’échange d’idées, de questionnements, de connaissances afin de renforcer le tissu culturel madrilène et d’élargir leur portée. Hyper House n’est pas qu’un simple espace d’accueil mais un laboratoire consacré à la réflexion artistique contemporaine, où les artistes sont invités à approfondir leurs recherches en lien avec les explorations menées par le studio.

Hyper Studio, lui, habite cet espace. Il en fait partie intégrante, imbriqué dans le lieu d'exposition lui-même. La pratique d’Hyper Studio se décline selon trois axes : art, design, recherche. Leurs projets tournent tous autour du numérique, explorés sous des angles différents. Dans le champ artistique, ils interrogent les croisements entre art et technologie via des expositions immersives et réactives, souvent tournées vers l’innovation culturelle.

L’humeur hautaine de Julien fut choquée de l’insolence des laquais. Il se mit à parcourir les dortoirs de l’antique abbaye, secouant toutes les portes qu’il rencontrait. Une fort petite céda à ses efforts, et il se trouva dans une cellule au milieu des valets de chambre de Monseigneur, en habits noirs et la chaîne au cou. À son air pressé ces messieurs le crurent mandé par l’évêque et le laissèrent passer. Il fit quelques pas et se trouva dans une immense salle gothique extrêmement sombre, et toute lambrissée de chêne noir ; à l’exception d’une seule, les fenêtres en ogive avaient été murées avec des briques. La grossièreté de cette maçonnerie n’était déguisée par rien et faisait un triste contraste avec l’antique magnificence de la boiserie. Les deux grands côtés de cette salle célèbre parmi les antiquaires bourguignons, et que le duc Charles le Téméraire avait fait bâtir vers 1470 en expiation de quelque péché, étaient garnis de stalles de bois richement sculptées. On y voyait, figurés en bois de différentes couleurs, tous les mystères de l’Apocalypse.

CRÉATION ENTRE LES MÉDIUMS

D’un point de vue structurel, la construction physique de ces deux entités traduit la complexité de leur approche, à la fois liée à l’art, à la recherche et au design, mais aussi à leur pratique hybride, à la croisée du numérique et du graphisme, avec une dimension artistique et performative. Parmi leurs réalisations, le projet Windows [Fig. 1] met en scène la relation entre le geste et la donnée à travers une surface réactive qui traduit les interactions physiques des visiteurs en flux lumineux. Le corps devient moteur de création, en résonance avec la matière digitale. Un autre projet, “74 Degrees” [Fig 2], porté par le Musée des Beaux-Arts de Castellón, dans lequel ils sont intervenus pour reconstituer numériquement des pièces céramiques du musée. Leur intention découle d’un constat technologique. La carte graphique monte à 74 degrés pour les scanner en 3D par photogrammétrie, loin des 1000/1300 degrés de la cuisson traditionnelle. Ces versions digitales, avec des points, maillages et textures, sont des sortes d’anatomie de l’objet, mais ne sont pas de simples répliques du monde physique, même si elles en sont issues Ce sont de nouveaux objets, avec leur propre matérialité. Le studio les ramène ensuite au réel à travers une installation mêlant tissus imprimés, impression 3D, écrans HD et réalité virtuelle.

En observant leur travail, on remarque une pratique tangible, parfois opposée selon les sujets. Leur démarche interroge sans cesse les frontières entre art et design dans leur structure, entre physique et digital dans leur réflexion. Dans leur processus de création, ils associent des méthodes classiques à des outils et techniques plus expérimentaux. On sent que leurs objets et leurs projets ne sont ni purement fonctionnels, ni purement artistiques. Mais que tout semble se répondre, s’associer, formant un champ de travail vaste et complexe.

POSTURES NUMÉRIQUES : ENTRE POLITIQUE ET EXPLORATION

La dimension numérique de leur travail invite à un rapprochement avec d'autres acteurs espagnols du champ, notamment Domestic Data Streamers. Ce studio de design et de recherche barcelonais explore les enjeux de transmission de données, particulièrement dans le domaine numérique. Durant notre voyage à Madrid, nous avons pu visiter une de leurs expositions à l’Espacio Fundación Telefónica, qui s'intitule, “Today is a Good Day to Discuss Digital Rights” [Fig. 3] dans laquelle ils s’engagent dans la lutte contre l’indifférence face aux données numériques. L’exposition invite à réfléchir et débattre autour d’un usage sûr, responsable, critique de la technologie. À travers installations, dispositifs numériques et projets, elle aborde le numérique comme un terrain politique et engagé. Là où DDS rend la donnée tangible pour sensibiliser à des enjeux sociétaux, HyperStudio explore plus formellement le phygital, en questionnant la relation entre objet numérique et espace physique, sans nécessairement viser un message engagé.

Cette divergence de posture révèle deux manières de penser le numérique, l’une comme outil de réflexion et de dénonciation, l'autre comme matériau d’expérimentation et d’exploration. Tous les deux agissent dans le domaine de l’art et du design à leur manière, tourné autour du numérique, mais sous des angles différents.

Hyper Studio, Hyper House est avant tout un lieu où la pratique et la réflexion coexistent. L'espace ne sert pas seulement à exposer des projets mais il permet de questionner la place du numérique dans l’espace physique. En réunissant création, recherche et expérimentation, Hyper Studio propose une vision du design qui ne cherche pas à apporter des réponses définitives. C’est cette posture entre la recherche et la pratique, qui rend leur démarche singulière dans le paysage actuel du design numérique madrilène.